Votre panier

Votre panier est actuellement vite.

Poursuivre vos achats

Soie, d'Alessandro Baricco

by Léa Petitjean |

Dans ce journal, je partage les lectures qui m'ont marquée, inspirée, nourrie. Aujourd'hui, je vous parle du roman d'Alessandro Baricco : Soie.  Aussi court qu'incisif, il nous livre une aventure aux confins du monde, pleine de poésie.

Soie, c'est l'histoire d'un petit homme d'affaires d'une bourgade de l'Ardèche du 19ème siècle, qui s'en voit confier la destinée.


Lavilledieu où tout commence

Nous sommes à Lavilledieu, à quelques kilomètres de Montélimar, au pied des Monts d'Ardèche, au milieu du siècle. De ce temps, l'auteur nous dit que Flaubert est en train d'écrire Salammbô ou encore qu'Abraham Lincoln est en guerre de l'autre côté de l'Atlantique.

A l'ombre des mûriers blancs ardéchois, Lavilledieu, elle, vit une crise. Cela fait des siècles que l'Ardèche, tout comme les Cévennes voisines, prospère grâce à la sériciculture - la culture de la soie. 

"Baldabiou était l'homme qui, vingt ans plus tôt, était arrivé dans le bourg, s'était dirigé droit sur le cabinet du maire, y était entré sans se faire annoncer, avait déposé sur son bureau une échrpe en soie couleur de crépuscule et lui avait demandé
– Savez-vous ce que c'est ?
– Affaire de femme.
– Erreur. Affaires d'hommes : de l'argent."
Petitjean Paris - Journal - ancienne magnanerie ardèche histoire de la soie Ancienne magnanerie vers Anduze, crédit photo Isabelle Blanchemain


Les origines de la soie en Ardèche

Revenons quelques siècles en arrière. En 1558 (1571 selon les sources),  Olivier de Serres achète le domaine de Pradel, grand domaine agricole ardéchois. Si son nom vous dit quelques choses, vous l'avez probablement déjà lu sur un panneau de rue : il est considéré par beaucoup comme le père de l'agronomie française. Du vieux moulin en ruines du domaine, il fera une magnanerie - une ferme d'élevage de vers à soie. Des relations de son frère avec le roi Henri IV - Jean de Serres est son historiographe -, il tirera profit. Ayant obtenu un budget du roi, il fait planter 20 000 mûriers aux Tuileries: désormais Paris élèvera sa soie et gardera l'or du royaume dans ses murs. Mais ceci est une autre histoire.

"il faut aller encore plus, au royaume du soleil Levant."

Nous sommes donc au dix-neuvième siècle, période florissante pour l'Ardèche qui est alors le 3ème département de France, en termes de revenu agricole grâce à l'élevage de vers à soie. Cela fait deux cents ans que l'industrie est bien installée et l'on compte de très grands élevages et plantations de mûriers dans les communes alentours - notamment Rosière et Berrias. Quand survient tout à coup une crise imparable : la pébrine est parmi nous. Maladie contagieuse et héréditaire, elle fait des ravages et décime en quelques années les élevages de toute l'Europe. La seule solution : trouver des œufs de vers à soie qui n'ont pas été contaminés. 
L'Egypte, le Moyen-Orient sont touchés, on recense même des cas en Inde : il faut aller encore plus, au royaume du soleil Levant.

Petitjean Paris, Journal, Bibliothèque Soie Alessandro Barrico

L'aventure d'un homme

Au cœur de ce roman, il y a Hervé Joncour: un homme d'affaires local qui vivote mollement dans un mariage sans amour, quand il se voit confier le futur de la communauté par les notables du village. Aller au Japon, entreprendre ce voyage fou de plusieurs milliers de kilomètres, ramener des œufs sains et sauver ainsi les élevages de la commune. 

" Hervé Joncour avait trente-deux ans.
Il achetait, et il vendait.
Des vers à soie."


Alessandro Baricco, un style rythmé et minimaliste

Sans plus dévoiler l'intrigue, place au style d'Alessandro. Car ce roman est loin d'être un essai d'agronomie. C'est avant tout une aventure haletante, contée dans sa plus grande simplicité et dont les nombreuses ellipses laissent toute liberté à l'imagination du lecteur. 

Écrivain italien contemporain, Alessandro présente avec Soie un concentré de ce qu'il fait le mieux :

  • l'écriture (un prix Médicis sur son premier roman)
  • la narration (il est fondateur d'une école de narration à Turin) 
  • la musique (il est diplômé en musique)

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre avant tout pour son rythme. Les grandes aventures ont souvent une narration linéaire avec une apogée : le moment cruciale où le héros arrive au terme de son aventure. Ce n'est pas le cas de Soie. Ici, le rythme est circulaire : le voyage se répète, les étapes exotiques dans les steppes d'Asie Centrale se répètent, la rencontre furtive avec celle qui le hante n'aboutit jamais et se complète par fragments.

Petitjean Paris - Journal - Soie Alessandro BariccoVillage médiéval de Shirakawa mentionné dans le voyage d'H. Joncour, crédit photo peaceful-jp-scenery


Ce roman, c'est un récit de l'attente qui se lit comme une partition cyclique et saccadée. Les phrases sont courtes. Les dialogues sont réduits au strict nécessaire. Les descriptions sont minimalistes et pourtant, elles suffisent amplement à déployer dans notre imagination, tout un univers.

"– Et il est où, exactement, ce Japon ?
Baldabiou leva sa canne de jonc en l'air et la pointa par-delà les toits de Saint-Auguste.
– Par là, toujours tout droit.
Dit-il.
– Jusqu'à la fin du monde."
Notre héros se retrouve au Japon dans une des ères les plus excitantes qui soient : à l’avènement de l'ère Meiji où le Japon va s'ouvrir à l'étranger pour la première fois depuis 200 ans (fin du sakoku). Et pourtant, l'auteur nous dit très peu de cette période. On devine les us et coutumes, on suppose ici et là. Peu de faits historiques et techniques : ce roman est avant tout une contemplation où tout est suggéré avec beaucoup de finesse. Les non-dits sont le grand narrateur de ce récit.

Je vous souhaite à tous une belle journée pleine de douceur et vous dis à bientôt pour une prochaine lecture.

Léa Petitjean


Petitjean Paris - Journal - J'ai lu Soie d'Alessandro Baricco et j'ai adoré !

Commentaires (0)

Laisser un commentaire